15/11/2013

Cynégétique du préjugé

Il n’est pas quelque éducateur ou moraliste qui ne nous ait un jour asséné, l’haleine chargée de bienséance, qu’il faille « chasser nos préjugés ». Bien hâtive proposition qui pourrait amener un jour de grand massacre cette espèce au bord de l’extinction, et rejoindre pour l’éthernité le Dodo et le Moas sur la liste des sujets de pollution nocturne pour paléontologues. Car le Préjugé (Stéréotypus cognitivii) est plus fragile qu’on ne le croit. Espèce peu résiliente, elle peut voir ses effectifs décroître rapidement.

 

Une cynégétique adéquate est donc de mise. Signalons tout d’abord que le législateur n’a pas prévu de périodes d’ouverture ou de fermeture à cette activité de prédation. Les plus éminents spécialistes recommandent pourtant une fermeture durant toute la saison estivale. La reproduction semble en effet concomitante de l’afflux de touristes à cette période durant laquelle les préjugés se multiplient et grossissent rapidement. Cette période sera aussi l’occasion d’aménager de nouveaux gagnages, semés de graines de racisme, de patriarcat et de jugement hâtif, herbacées de l’esprit qui profitent au Stereotypus et qui présentent en outre l’avantage de servir de remise garantissant la quiétude des animaux.

 

Il sera également de bon ton de ne pas piéger le préjugé, mode de chasse aveugle qui prélève même les femelles, pratique infâme quasi assimilable à du braconnage, et de lui appliquer un mode de traque plus noble, comme le tir sur des individus mâles âgés. Ces derniers font en effet de très beaux trophées que les amateurs pourront exhiber sans vergogne en soirée durant le trou normand, duquel le préjugé ne craint pas de sortir à la faveur des relents d’alcool.

 

Dr Lichic

Extrait de Catarrhe N° 2

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