07/12/2013

Happy End

Y a pas pis que le Happy End

Je n’irai pas par quatre chemins, je ne retournerai pas ma veste ; pas de procession d’Echternach, aucun dilemme, aucun revirement, encore moins de coup de théâtre avec regain d’espoir : vous ne rirez plus jamais après avoir pleuré, car vous allez assister à la mise à mort impitoyable du Happy End, être insidieux et chochotte, se nourrissant de sirop, de teinture mauve pour permanentes de ménagères retraitées, de fleurs bleues, et de ringardise hollywoodienne « Vintage », années « Papa a raison ». De quoi puer la guimauve comme un comptoir de vieille pharmacie.

La bête est le fruit d’une expérience insensée tentée dans le désert culturel de Fiftififti, par Jack « Tears of a Clown » Lewis et Clarence Guilliguilly, deux pontes de Happywood, curieux de voir ce que donnerait le croisement d’une copie des « Douze salopards » avec une autre de « Mary Poppins »…..

Hybride mais hélas non abattue, elle se régénère comme une queue de lézard. A croire qu’elle est sortie de l’Horror’s Studio avec la Palme Bitch  : capable de se fondre dans les traits d’une grand-mère mourante puis en soudaine rémission, par exemple. Mais cette peau de vache (ndlr : le Happy End, pas la grand-mère) peut revêtir plusieurs autres enveloppes non affranchies pour mieux tromper votre vigilance : celle du Gi, héros de guerre, tueur de centaines d’enfants et de vieillards, ces dangereux ennemis du Monde libre ! Danger : il y a gros à parier qu’il reviendra dans son petit bled du Dakota. Si après quelques longues minutes de réflexion passées devant le miroir de sa cabane (ndlr : oui il n’y a pas que des cabanes au Canada) qui n’a plus vu personne depuis longtemps, il lui vient l’idée de se raser, de se laver même (ndlr : si le réalisateur du téléfilm verse dans le lyrisme hygiénique, etque le mètre de pellicule n’est pas hors de prix), puis de faire le tour des photos reposant sur les différents meubles de son sweet home, GA-REZ-VOUS : c’est que le mec reprend conscience de son destin d’homme né pour faire le bien sur terre  : çà va lacrymer grave sul viso. Dès lors, allez faire un tour dans votre lieu l’aisance, en attendant la fin, car le bonhomme va redevenir boy-scout, avant d’opter pour le statut d’infirmier, puis de verseur de louches de soupe dans un Heart-Snack (Resto du cœur). Situation n° 2 : Gare au Boss, coureur de jupons (boss jusque dans le falzar, donc). Pour peu qu’il vise un mandat politique, et que son employée modèle ait envie de devenir sa femme, il y aura chantage (sans radio-crochet) : la déchéance est vite là, le Bourbon est toujours là, sur la desserte en cuivre doré, Modèle malle-poste du salon cossu, à faire de l’œil à M’sieur le candidat sénateur en pleine débandade. Et vous savez quoi ? Çà va mal finir, enfin, je veux dire : cela va très bien finir, malheureusement. Mr O’Godde-Amsorry va se souvenir de son chien, un merveilleux bob tail avec qui il footingait dans les sous-bois de Virginie (ndlr : pour le lecteur non averti, cette phrase n’a aucun contenu malsain, et peut être lue sans accord parental : dans le contexte, la Virginie n’est pas une femme, mais bien un Etat, et Mr. O’….court bien dans un sous-bois (sorte de forêt pour petits budgets) et ne s’enfonce pas dans un buisson touffu). Il versera une larme en pensant à cette période bénie où… Benny (je n’y suis pour rien), ce merveilleux animal, lui rabattait un gibier de qualité (non, pas de superbes joggeuses blondes retouchées, mais de mignons petits furets qui faisaient fureur à N-Y). Il repensera ensuite à Jimmy et Lenny, ses deux ados boutonneux qu’il croit naïvement en manque d’affection, puis à sa femme, Laurie, qu’il doit absolument aider à surmonter son handicap (il s’agit de golf, et de prestige, et non pas de sclérose en plaque), et enfin, à Krishna, la jeune fille au pair qui ne lui cause aucun souci, bien au contraire (ndlr : il s’agit d’un Happy End d’un genre particulier dit « Happy End à spirales » qui n’en finit jamais, et qui est dès lors fortement déconseillé aux détenteurs de vessies à capacité réduite).

Avant de sortir de chez moi, muni d’une copie de « Kill Bill, Vol.1 et 2 » de Tarantino, en guise de talisman, je me prosterne devant le buste en pâte à sel de Jim Morrison, que j’ai eu bien du mal à poser sur ma cheminée, tant il était déjà ailleurs : « This is the end, my friend » est mon hymne. Qu’est-ce que je te regrette, Jim ! Tu avais un tel talent pour plomber l’ambiance. T’as jamais été pour les retournements de situation, que ce soit en vie ou entre quatre planches. Y a qu’à demander à tes voisins de palier du Père Lachaise. Avec toi on savait où on allait : droit dans le mur. Apaisant !

.Je sors et…et ben non ! Je rentre dard dard, queue entre les jambes. Le téléphone sonne : c’est Natou, que je croyais définitivement hors d’atteinte. Elle m’invite pour un Végétarien chez Piaf (ben oui : végétarien, rien de rien, je ne regrette …). J’accepte évidemment !

Quand je vous disais que le « Happy End » est un dur à cuire.

Marc Sanders

Lu dans Catarrhe N°5 - Le râle du jour.

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