18/03/2014

DIRE (C'est à)


5h26 ; c’est quand on l’ouvre qu’on s’aère le cerveau.

8h32 ; c’est extraordinaire : il neige et cette neige nous impose de ralentir le rythme effréné qui chaque jour nous lie au travail obligatoire. Comme si le travail était en soi productif. Il neige tout du bonheur à consommer moins. Et puis, par son étendue et son épaisseur, elle dissimule toutes frontières.  Notre regard se porte au-delà. L’autre en devient tout à coup plus proche.

8h59 ; non monsieur M, vous ne ferez pas taire ceux qui au bout du compte ont contribué à votre richesse et que vous jetez au rebus.  La dignité de ceux qui coulèrent votre acier ne ressemble guère à la vôtre.  Vous faites dans l’économie réelle ce que les banques font dans l’économie virtuelle : un hold-up sur la sueur de ceux qui travaillent, qui comptent leurs sous pour payer leurs factures, leur toit, les études de leurs enfants…Le cœur des esclaves de Verdi résonne aujourd’hui d’une grande colère.

9h12 ; il y en a qui remplissent d’eau leur piscine et d’autres qui n’ont pas à boire. L’eau, futur enjeu économique et de survie pour l’humanité doit rester disponible pour tous.  Elle ne peut être privatisée.  On parle souvent du seuil de pauvreté mais il faudrait aussi un seuil de richesse à ne pas dépasser.

10h44 ; on attribue au peintre Monet les mots qui suivent :  « Je voudrais un miroir tendu à la beauté du monde ».  Tout est dit ou presque…..

11h ; avez-vous un jour, sans rien en poche, la buée dans les yeux, pris la route vers nulle part pour arriver, par exemple, dans un parc de Bruxelles.  C’est l’histoire, oh combien banale, de 72 personnes dé « logées » ce matin.  Quel est le mot plus fort que l’écœurement pour traduire notre « in » humanité ?  Ah oui, ce sont des roms ; et alors ! Nos parents partirent un jour de 1940 ; et Ferrat en fit une chanson : « nuit et brouillard ».  Ils y sont.
 Réécoutez « né quelque part » de Maxime Leforestier.

11h51 ; la misère la plus nette, la plus crue, criante d’inhumanité : place Gaucheret, un premier octobre à Bruxelles. C’est là que je l’ai croisée, bardée de soleil ; c’est sans doute pour cette raison qu’elle en était d’autant plus insoutenable ; comme un cri sans nom surgissant d’une cinquantaine de matelas épars proférés à l’échelle de l’humanitude.
En mémoire, « madame la misère » de Léo Ferré.

14h02 ; pour toi Troy Davis que je ne connais pas.  Condamné à l’exécution capitale, j’ai transmis, comme tant d’autres, une demande de grâce au gouverneur de Géorgie.  Je relis ces mots d’Albert Camus : «  mais qu’est-ce donc que l’exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait , si calculé soit-il, ne peut être comparé ».
Des notes refont surface : « sur mon cou » d’Etienne Daho.

22h36 ; c’est Ravel, je pense, qui un jour précisa : « il y avait un rossignol qui ne se souciait pas de la guerre parce que c’était le printemps ».

23h48 ; de quel feu brûles-tu ?


Thierry Lechat

Lu dans Catarrhe N° 7

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