28/06/2014

Carnets de voyages ornithologiques

Lundi 12 mars 1986 à l'aube.
Notre voiture nous attend en bas de notre immeuble. Nous partons dans le Nord, c'est pourquoi nous avons préféré un attelage à la troïka dit « à la russe ». Trois chevaux côte à côte, dont deux étalons galopeurs à l'extérieur, celui du milieu étant un hongre grand trotteur. Nous les avons choisis homosexuels. Par précaution nous préférons avoir un attelage à voile et à vapeur. Outre notre matériel et des vivres, nous avons prévu des peaux de bêtes pour nous préserver du froid, des peaux de chameaux de Fez et des peaux d'ours de Bâle, les plus chaudes.
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« Hue dia » s'exclame mon père qui a le sens de l'à-propos et qui, tel le Père Noël, a pris les rênes. L'attelage s'ébranle déjà. Nous partons enfin. Après quelques passages difficiles dans des rues étroites nous arrivons au bord du fleuve. La Meuse égrène son long chapelet de péniches, ce qui a l'air d'énerver nos chevaux qui cependant en ont vus d'autres, des péniches. Ma sœur s'écrie « Attention, là ! ». Mon père actionne le frein. Les roues crisses, les brancards grincent, nos destriers hennissent... là, presque sous leurs pas, un chat lent qui passe. Ma sœur sourit, le mal a été évité de justesse. Une question se pose maintenant: comment allons-nous traverser ce premier obstacle naturel ? Pas de passeur en vue. Nous avons hissé la voile mais nos canassons ne veulent pas sauter à l'eau, la berge est trop haute et l'eau trop froide. Que faire ? Tant pis, nous décidons d'emprunter le pont, nous le rendrons à notre retour.

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Professeur Brodsky

Lu dans Catarrhe N°9

 

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