28/06/2014

Le Paradis, valeur refuge.

J'étais en passe de rejoindre le Paradis. Pour la 2ème fois. Je versais dans la catégorie des "abonnés". Qu'est-ce qui m'avait pris de repiquer? Disposais-je d'ailleurs de mon libre arbitre au moment du choix de cette destination qui n'avait pour elle que d'être réservée à une minorité. Les agences de voyage aux aguets face aux guerres qui pourrissaient le métier n'avaient pas manqué d'insister là-dessus à grand renfort de flyers, de folders et de buzzs.
Dans l'immensité de cette aérogare bruissante d'une foule mi-gratoire, mi-rasoir, prête à l'envol, mais toujours très terre à terre, la question ne manquait pas d'une certaine élévation. Qu'a donc de si attractif le Paradis en dehors de ses cocotiers à l'intérêt pratique très limité, de sa jungle tellement luxuriante qu'elle en est impénétrable et de la vue imprenable, mais tellement monotone, sur les nuages?

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Mais au-dessus de moi, des anges passaient, se croisaient, se heurtaient parfois, créant ainsi des zones de turbulence peu propices à une lecture assidue. Obéissant à leurs gènes gardiens, ils présentaient une tendance naturelle à monter. De temps en temps, je les entendais murmurer : "Attention, un Homme passe". Ils marquaient leur territoire.
Se servant des poutrelles de l'édifice comme d'un comptoir de café du Commerce, ils n'arrêtaient pas de refaire le Monde, de manière assez prétentieuse d'ailleurs. Des nuisances, que dis-je : des nuisanges! Leur conversation plafonnait. Je n'en recueillais que quelques miettes mais d'après ce que je comprenais, l'unanimité ne régnait pas.
Sous ces grappes de petits saints, pas très pointus, pour finir, je perdais pied, des plumes et de ma superbe. Je n'assimilais plus du tout mon guide, et j'entrerais au Paradis sans rien en connaître.

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Marc Sanders

Lu dans Catarrhe N°9

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