23/08/2014

Coup de chapeau à André Balthazar.

 

 

André Balthazar nous a quitté.

André Balthazar, Daily-Bul, littérature

Le chapeau n'a pas de racines et les cheveux qui semblent le prolonger n'appartiennent pas à la même plante. Sans être aérien, il apprécie l'altitude (quand il vole, c'est avec une pointe d'ironie, comme pour faire semblant de retrouver un sol qui n'est pas le sien).

Sa mémoire transpire et laisse des traces qui font partie de sa vie intérieure.

Même solitaire accroché à un clou, il ne perd jamais la tête, conscient d'une importance étrangère toutefois à toute fatuité : il sait que l'homme est sa monture et sa plus noble conquête.

Parfois il garnit d'une plume de geai pour se rappeler au ciel.

Extrait du LEXICON Tome 2, Le Chapeau, Balthazar / Breucker. Le Daily-Bul.

 

 

Balthazar (André)

Ouvrier zingueur ventripotent, son inclinaison à l'embonpoint fut la cause de son savoir. Déjà jeune, il se déplaçait avec peine. Ce n'est que vieillard qu'il devint cassant.

Il fut exilé à Waterloo par Léopold II, qui ne supportait pas ses quolibets ; ceux-ci restèrent fameux à l'époque. Ils furent publiés à titre posthume et sous un pseudonyme étranger sous la rubrique générale : « Les vases communicants. »

Ernest Pirotte, Petit Panthéon national et illustré des auteurs, Daily-Bul, n° 10, mai 1964.

 

André Balthazar, celui de qui on a dit qu'il mangeait ses omelettes avant de casser les œufs, celui qui n'a pas craint de secouer la poêle du temps pour en faire surgir les omelettes du passé.

Extrait de DEUX DISCOURS POUR DEUX ANNIVERSAIRES , Pol Bury, Le Daily-Bul, 1992.

 

 

Le grand salon frémit dans la douceur de l'après-midi : des cuillères d'argent cognent de la fine porcelaine, des voix et des étoffes murmurent. Les oreilles attendent le petit Mozart.

Au pied des hautes portes qui montent vers le ciel, au pied des hautes glaces, le tapis enveloppe des silences et des trépignements élégants.

Sur les murs, le gris Versailles attendrit les ombres. L'air est un peu rose comme les tentures de brocart qui bordent les fenêtres. A travers les carreaux, la verdure du parc (quelques trembles sur un gazonserré) répand des parfums de tisane blonde et d'abeille, qui adoucissent le bleu roi et le rouge cardinal des habits. La blancheur des jabots, des manches, des bas, des mouchoirs réveille l'œil que la cendre des perruques assoupissait. Un prêtre fait tache.

Au plafond, des cuisses tournent dans des nids d'ombre...

Le petit Mozart est là : tous les yeux grands ouverts font silence.

Extrait de LE petit MOZART, André Balthazar, Le Daily-Bul, 2006.

 

 

Je voudrais t'adresser, cher André, ces quelques mots que tu destinais à Paul Bury, le 26 septembre 1992, lors d'un banquet fêtant les 35 ans du Daily-Bul.

 

Toutefois, encore ceci. Relisant, pas plus tard qu'à l'instant, votre œuvre complet que je ne qualifierai pas, redoutant de confondre votre modestie de plume d'oie, je notais : « Je est un autre ».

Et bien oui, Monsieur, vous êtes un autre. Et quel autre ! Un autre au profil de citadelle inexpugnable.

J'en ai fini, merci.

 

André Balthazar, Daily-Bul, littérature

Jacqueline et André Balthazar lors de la préparation de l'exposition " Ah, la Vache ! "

organisée par le Daily-Bul, L'Hélicon et le Centre Culturel d'Havelange en 2000.

 

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André Balthazar et Pol Bury par Roland Breucker

 

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André Balthazar par Pol Bury

 

 

 

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