24/03/2014

Les inventions oubliées 2

Le Wagon Table-de-lit

Inventé par le célèbre comédien William K. Awake au cours d’une répétition nocturne de l’Insomniaque de Faulk, le Wagon-lit germa dans un esprit fatigué de partager la paille des chevaux et l’inconfort du voyage avec ses frères saltimbanques. Ainsi fut conçue cette invention qui rendit au sommeil en chien de fusil ses lettres de noblesses, et qui permet encore aujourd’hui de Moscou à Lilles et de Milan à Copenhague à tout quidam de se remémorer les joies du prytanée militaire en profitant des haleines chargées, vesses et autres ronflements échangés en abondance avec d’autres voyageurs alités. Mais cette pérennité fait oublier l’autre invention accessoire –et pourtant d’importance d’Awake : le Wagon Table-de-chevet (ou Wagon Table-de-Nuit). Prévoyant, celui-ci avait en effet flanqué chaque wagon-lit une voiture annexe qui remplissait les fonctions de ce mobilier désuet. A la nuit tombée, chaque voyageur pouvait y déposer qui son verre d’eau, qui son dentier, qui ses espérances. Tombée dans la somnolence de l’oubli en raison des querelles de voisinage que le Wagon table-de –chevet ne manqua pas d’occasionner (lixiviat de prothèse dentaire consommé accidentellement comme eau de boisson, espérances déçues par l’abandon nocturne etc.) cette découverte (au sens où elle existait déjà dans le cerveau d’Awake) est encore visible au Musée du chemin de fer de Mulhouse. Les guides de la Cité du train l’exploitent d’ailleurs à bon escient, y déposant entre deux siestes lardant leurs visites guidées lunettes, pilules contraceptives ou recueils d’alexandrins trop lourds pour les bras de Morphée.

Wagon Table-de-nuit et gigantisme : coqueluche du moment, la « Pullman Wagon-table-de-nuit » comportait une chambrée par table de chevet, qui permettait de regarder passer ses rêves par la fenêtre.

Dr Lichic

Lu dans Catarrhe N° 4

18/03/2014

DIRE (C'est à)


5h26 ; c’est quand on l’ouvre qu’on s’aère le cerveau.

8h32 ; c’est extraordinaire : il neige et cette neige nous impose de ralentir le rythme effréné qui chaque jour nous lie au travail obligatoire. Comme si le travail était en soi productif. Il neige tout du bonheur à consommer moins. Et puis, par son étendue et son épaisseur, elle dissimule toutes frontières.  Notre regard se porte au-delà. L’autre en devient tout à coup plus proche.

8h59 ; non monsieur M, vous ne ferez pas taire ceux qui au bout du compte ont contribué à votre richesse et que vous jetez au rebus.  La dignité de ceux qui coulèrent votre acier ne ressemble guère à la vôtre.  Vous faites dans l’économie réelle ce que les banques font dans l’économie virtuelle : un hold-up sur la sueur de ceux qui travaillent, qui comptent leurs sous pour payer leurs factures, leur toit, les études de leurs enfants…Le cœur des esclaves de Verdi résonne aujourd’hui d’une grande colère.

9h12 ; il y en a qui remplissent d’eau leur piscine et d’autres qui n’ont pas à boire. L’eau, futur enjeu économique et de survie pour l’humanité doit rester disponible pour tous.  Elle ne peut être privatisée.  On parle souvent du seuil de pauvreté mais il faudrait aussi un seuil de richesse à ne pas dépasser.

10h44 ; on attribue au peintre Monet les mots qui suivent :  « Je voudrais un miroir tendu à la beauté du monde ».  Tout est dit ou presque…..

11h ; avez-vous un jour, sans rien en poche, la buée dans les yeux, pris la route vers nulle part pour arriver, par exemple, dans un parc de Bruxelles.  C’est l’histoire, oh combien banale, de 72 personnes dé « logées » ce matin.  Quel est le mot plus fort que l’écœurement pour traduire notre « in » humanité ?  Ah oui, ce sont des roms ; et alors ! Nos parents partirent un jour de 1940 ; et Ferrat en fit une chanson : « nuit et brouillard ».  Ils y sont.
 Réécoutez « né quelque part » de Maxime Leforestier.

11h51 ; la misère la plus nette, la plus crue, criante d’inhumanité : place Gaucheret, un premier octobre à Bruxelles. C’est là que je l’ai croisée, bardée de soleil ; c’est sans doute pour cette raison qu’elle en était d’autant plus insoutenable ; comme un cri sans nom surgissant d’une cinquantaine de matelas épars proférés à l’échelle de l’humanitude.
En mémoire, « madame la misère » de Léo Ferré.

14h02 ; pour toi Troy Davis que je ne connais pas.  Condamné à l’exécution capitale, j’ai transmis, comme tant d’autres, une demande de grâce au gouverneur de Géorgie.  Je relis ces mots d’Albert Camus : «  mais qu’est-ce donc que l’exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait , si calculé soit-il, ne peut être comparé ».
Des notes refont surface : « sur mon cou » d’Etienne Daho.

22h36 ; c’est Ravel, je pense, qui un jour précisa : « il y avait un rossignol qui ne se souciait pas de la guerre parce que c’était le printemps ».

23h48 ; de quel feu brûles-tu ?


Thierry Lechat

Lu dans Catarrhe N° 7

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27/02/2014

Le râle du jour de Marc Sanders

Pas de bourgeons pour les Bouffons

Attention un Comeback…! "Gare à vous! Station to You!" (en anglais, prononcer "chté-chionne", comme un ado de 14 - ndlr : 2014).

Quand les "Nearly Young Fat But Also Stupid Hamburger Eaters", ce groupe légendaire des années 60, a survolé mon espace aérien pour amorcer son soft landing et finir par se poser sur la branche la plus costaude de mon cerisier de Fukushima, j'ai craint le pire.

Pas pour le groupe qui n'avait manifestement pas suivi le régime Montignac, ni en individuel, ni en collectif, depuis que je l'avais perdu de vue. Mais plutôt pour mon arbre, ce fier, quoique sensible et fluo représentant sylvestre de l'Empire des Photographes Compulsifs, qui donne en pleine nuit à mon espace vert l'apparence de Time Square (ce qui me permet de dire à qui veut l'entendre : "Néons, néons? J'ai les mêmes à la maison!"). ...

 

Mais que va-t-il se passer par la suite ?... Comment Pepet Records va-t-il orchestrer tout ça... Jim Newton, le batteur, va-t-il tomber le premier ?... Le cerisier de Fukushima va-t-il résister ?...Marc Sanders va-t-il rester philosophe ?

Vous auriez dû lire Catarrhe N° 7 pour le savoir !

26/02/2014

La linguistique selon Eric Dejaeger

LE PRÉFIXE PÉD-

Le préfixe péd- désigne l’enfant, comme chez les (proches ?) pédagogues et pédophiles.

01 – Pédoniste : enfant jouisseur.

02 – Pédenté : gosse qui a ferdu fes dents.

03 – Péditeur : éditeur spécialisé.

04 – Pédon : particule immature.

05 – Pédopodologie : science qui s’intéresse aux pieds de nains.

et bien d'autres...

LE SUFFIXE -ALGIE

Le suffixe –algie désigne la douleur, comme ces saloperies de névralgies, lombalgies, etc.

01 – Analgie : terme savant pour désigner le froïon*.

02 – Enseignalgie : affection des enseignants que le ministère de l’éducation a usés. Apparaît parfois très tôt.

03 – Pénissalgie : irritation de la verge suite à un abus masturbatoire. Chez la femme : lèvralgie.

* Froïon (wallon) : suintement désagréable du sphincter anal suite à certains abus pimentalcoolisés la veille.

et le reste dans Catarrhe N°7

 

25/02/2014

Maladies émergentes

Le Dr Lichic nous propose dans Catarrhe N° 7, un article qui nous fera ouvrir les yeux...

"Les médias ayant fait leurs choux gras du virus H1N1 et autres grippes aviaires, il est bon de signaler au lecteur quelques pandémies en devenir susceptibles d’effrayer autant sinon plus le bon peuple. Commençons par la Rouxgeole..."

24/02/2014

Nouvelle rubrique dans Catarrhe

Les carnets de voyages ornithologiques du Professeur Brodsky

Court extrait:

...

Nous prenons de la vitesse évitant de justesse un banc de rhinocéros de mer. Le rhinocéros de mer se nourrit principalement de mollusques et autres animaux mous comme l'hamburger dubble cheese qui se reproduit dans la vase de la Meuse en cette saison. Quiconque nous observant aurait donc pu croire que nous n'étions pas en danger, mais la corne nasale des rhinocéros aurait cependant pu fortement endommager notre pirogue en wengué galvanisé. Mais le danger est passé, nous souquons ferme. Bientôt, à l'horizon le soleil se couche déjà et darde encore ses derniers rayons orangés. Nous approchons de Godinne et nous croisons des îles. Il y a de l'agitation sur leurs rives, c'est l'heure où les grandes fauvettes vont boire. C'est un spectacle unique qui nous fait oublier les instants pénibles de navigation que nous venons de passer. Nous décidons de bivouaquer.

Le reste dans Catarrhe N°7

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11/02/2014

Tout chaud !

catarrhe, marc sanders, thierry lechat, eric dejaeger, dr lichic, pr brodsky, strips, dessins, chou, maladies, oiseaux, préfixe, suffixe

 

Catarrhe N° 7 vient de sortir de presse.

 

Au sommaire :

  • Le râle du jour de Marc Sanders : «  Pas de bourgeons pour les Bouffons » (nostalgie Rockandrollesque).

  • « Dire (c'est à) » : une journée de réflexions profondes de Thierry Lechat.

  • L’Encyclopédie illustrée du Professeur Brodsky : L'origine du chou frisé.

  • La linguistique appliquée d'Éric Dejaeger : LE PRÉFIXE PÉD- et LE SUFFIXE -ALGIE.

  • « Phytotechnie du chou blanc » par le Docteur Lichic.

  • Les carnets de voyages ornithologiques du Professeur Brodsky (nouvelle rubrique).

  • « Maladies émergentes » par le Docteur Lichic.

  • Deux pages de mini-strips déconcertants dessinés par Olivier Texier.

  • La pub : « Le caleçon pour pêcheur d'oursins ».

 

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Le numéro d'avril sera consacré à Aphrodite callipyge et ses attraits fessiers.

Ne manquez pas ça !!

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29/01/2014

LE PRÉFIXE CACO-

Le préfixe caco- signifie « mauvais ». Tout le monde connaît la cacophonie, mais il y a aussi...



 Cacolyte : mauvaise fréquentation.

 Caccolade : baiser appuyé de Judas.

 Cacocola : soda imbuvable.

 Cacon : particule irrécupérable.

 Cacoopérative : boucherie chevaline roumaine.

 Cacocaca : fèces particulièrement irrespirables.

 Cacocacao : base pour chocolat génétiquement modifié.

 Cacol : résultat d’une bière très mal tirée.

 Cacopolitique : sommet européen.

 Cacophage : inconditionnel du fast-food.

 Cacophile : face-bookien, face-bookiste, face-bookeur, etc.

 Cacoxygène : ce que respire le citadin.

 CacOGM : l’avenir de la modification génétique.

 Cacobèse : gros plein de merde.

 Cacordure : déchet impossible à recycler.

 

Éric Dejaeger

Lu dans Catarrhe N° 6

25/01/2014

Les 16... poésie

Les Treize et Trois plus qu'un groupe est un mouvement de va-et-vient culturel, littéraire et artistique qui vit le jour dans les années trente. Il comprend l’ensemble des pratiques de création et d’expression libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues.



Pierre Gibert

Poète, il consacre sa vie à l'idiosyncrasisme qui désigne l'utilisation de néologismes, de mots ou de phrases hors contexte, inadaptés par rapport à la situation présente. Il pratique également avec ses collègues la technique du « cadavre exquis ». Il est l'auteur de l’inoubliable poème « Les murs ».

Les murs

Les murs mûrs murmurent
Des murs murent nos murs.
Murage de mûrisseries de mûres,
Muriate mural, murène de muraille,
Le murmel se mû en murex.
Murez murets, murez muretins murés !
Ils m’eurent même muré ma murette murrhine.

Pierre Gibert 1937



Le boiteux cramoisi

Le palonnier moucheté de bleu
Boute les asperges et les anglais intrinsèques
La presqu’île aux mousquetons dorés
Pose les lèvres et le manioc imberbe

Par un ru attentionné et blême
Tu penses sur le tapis de purée poitevine
Le compte-gouttes tournant s’envole
Aux poulies chenues des asperges ternies

Promises aux géraniums parallélépipédiques
Les monticules de vesses joufflues
Aux pinceaux du temps mort paramétrable
Vallonnent les curés d’entonnoirs veloutés

La grêle percée de criminels au beurre rance
Gesticule les montagnes battues de tricots
Masque fourmillé de tentacules brocoli
La pinède sapajou des ventouses velues

Pierre Gibert 1938

 

Lu dans Catarrhe N° 3

 

Opération Bonze Bonze Bonze

"Le râle du jour" de Marc Sanders, chroniqueur badin.

 

1968. Bien avant  Manhattan-Kaboul, il y a eu Vierzon. L’axe Vierzon-Vesoul. « T’as voulu voir Vierzon, et on a vu Vierzon… ». A des fins culturo-commerciales préméditées, un chantre mou, et renommé de l’époque se faisait l’écho de ce caprice aberrant d’un être humain dérangé. Une femme, sans doute. Car qui d’autre qu’une cruche pouvait oser choisir ce trou perdu du Département du Cher pour aller à l’eau ?! !
En quête de Graal touristique, c’est devant mon PC où s’étalaient lascivement d’ondulantes et néanmoins pâles meraies (je visais un budget « low price ») que je me suis souvenu de cet épisode insensé de la vie d’un pauvre Homme, qui devait sans doute marcher à côté de ses blondes, depuis lors.
La vue de ces étendues de sable fin qui me faisaient du grain, ne me fut d’aucun réconfort, lorsque une vague de compassion me submergea, avant d’aller s’échouer sur mon clavier, et de faire de ses lettres autant d’îlots de consolation.
J’étais à deux doigts de sombrer, et de la trouver saumâtre. Fort heureusement, avec l’aide du ressac qui repoussait au loin l’air de l’amer, mon sourire refit surface. Un planton s’en extirpa,  péniblement. Le plus dur à passer fut son képi, orné d’un dauphin en fer blanc, cabotin lamentable (et non lamentin cabotable) se croyant investi de la mission d’épater la galerie. Il devait avoir fréquenté les milieux huppés du Bar parallèle, et prendre son bain dans de l’eau coulant de robinets du 16ème arrondissement.
Entre deux de ses acrobaties prétentieuses, mon regard venait de se poser sur une annonce prometteuse d’un pro du tourisme d’aventure: « Partez pour le Nirvana, et revenez-en Baba ! ». « Ça c’est du sérieux », me suis-je dit. « Les dieux sont enfin avec toi ». Certains ont voulu voir Vierzon en 68. Moi c’est depuis 69 que j’étais à la recherche de l’Esprit de Woodstock, pour le humer, tâter sa transparence et goûter à son épicurisme au patchouli.

Il était temps que je prenne le large d’ailleurs, car il n’a pas échappé au lecteur-sauveteur-amateur de tourisme-catastrophe que vous êtes, que mon récit prend l’eau. Merci donc de m’avoir tendu la perche. Je la saisis à pleines dents et vous entraîne sur les contreforts du Mont Cool, Gate number 8, voie royale vers le repaire du Grand Saint-Nirvana.

Deux semaines plus tard.
Ça monte fort, le fond de l’air est frais (qui l’eût cru ?) et mon guide m’énerve. Il s’appelle Diem. C’est un torrent d’éloquence, hélas. J’aspirais au calme, au silence, à l’apesanteur, au vide, aux couleurs roses fuchia, au parfum des catleyas de la Joie, aux Clochettes en mini-jupes Modèle « strass anti-stress », à une musique de Terry Riley, ce chauve inventeur de la musique en boucles, à de l’amour à la brésilienne s’échappant de chaque buisson importé du Bois de Boulogne par Hulot-Airways, à la Paix, quoi.., à la Paix ! C’était inscrit dans le folder de l’Agence, bordel… !
Nous étions à la moitié de l’ascension et je bouillonnais comme un plat mijoté. Diem n’avait rien d’une carpe. Bavard, intarissable, et totalement amputé de la moindre originalité, il répétait sans cesse, comme un leit-motivant « Quand le Nirvana va, tout va. Quand il ne va pas, c’est la cata », « Quand, le Nirvana va, tout va, Quand il ne va pas c’est la cata», « Quand le Nirva… ». Agaçant, franchement ! Comme s’il avait voulu se booster au moyen de ce slogan éculé, récupéré dans les poubelles d’une agence de pub en pleine déconfiture, pour accomplir les dernières centaines de lacets nous séparant de la Félicité!
Jamais je n’aurais dû accorder le moindre crédit aux propos de Tulang Dang L’Pet, ce tour operator, sans scrupule qui m’avait loué Diem, quelques heures plus tôt, au pied de cette montagne qui n’avait de sacré que la pente. Un comble ! En acceptant la compagnie de ce guide bavard, j’avais été victime d’un Homme sans paroles !
On ne peut pas parler d’irrésistible ascension. Mais Diem et moi, nous montions, c’est une certitude. On peut même dire que nous avons traversé une bonne passe, entre ce sous-bois qui regorgeait de wine-gums végétales et cette carrière couverte d’hosties spumantes, qui ne demandaient qu’à exploser dans la gueule de tout touriste d’origine italienne.
Le sommet derrière lequel se prélassait sans doute Nirvana n’était plus qu’à quelques encablures. Et un ban de morues hautes, fières et insaisissables, venues de nulle part (ou alors échappées de l’épisode précédent ???) nous escortaient dans la joie et la bonne humeur. Ah les chaudes écailles ! A l’arrière-ban, quelques raies lumineuses fermaient le cortège, ondulant voluptueusement comme sur un air de calypso. Elles portaient un bonnet de lurex rouge. Imaginez le tableau !
Quelques boutiques de souvenirs annonçaient l’imminence du Col de Joplin et Cocker. Les cœurs tachycardaient ferme sur « I’m going Home » ce morceau endiablé joué par Alvin Lee et son groupe dans les brumes boueuses et pigmentées d’une prairie, non loin de New-York un soir de 1969.
Dans le rush final, les raies ont battu le beurre, se sont dépassées et se sont retrouvées au milieu.
Sur l’autre versant nous attendait un spectacle ahurissant autant qu’inattendu, qui eut le don de couper tous ses effets verbaux à Diem : un gigantesque podium couvert, abritait les évolutions d’un DJ, un certain Toff, un Belge du bout du monde, qui avait fait ses classes  entre les terrils du Plat Pays et qui avait probablement consulté le même site que votre serviteur, avant de se poser aux abords de Cocker et Joplin, et balancer sa zizique (de l’electro libre) aux vautours, qui étaient les seuls à planer. Car pour sa part, Nirvana n’en menait pas large. Attablé à une terrasse de Fast food, quelques secouristes affairés lui prodiguaient les premiers et peut-être les dernier soins. L’urgentiste, d’origine wallonne qui dirigeait la manœuvre fut catégorique : « Ça n’va nin avec Nirvana ». Changement d’époque, changement de rythmes : des ouvriers communaux sont venus déboulonner l’Ex-Icône de baby-boomers avachis, qui fut évacuée dare dare par les Ambulances « Trash ».
Si l’air (et même le grand air) ne fait pas la chanson, je peux pour ma part me flatter d’avoir été le spectateur privilégié d’un changement d’ère. Point de vue des ères, je n’avais donc pas été roulé dans la farine. N’empêche, en redescendant dans la Vallée, plutôt guilleret, je me suis promis de tout faire pour obtenir de Tulang Dang L’Pet un geste commercial (le moins obscène possible).

Lu dans Catarrhe N°6