28/06/2014

Le Paradis, valeur refuge.

J'étais en passe de rejoindre le Paradis. Pour la 2ème fois. Je versais dans la catégorie des "abonnés". Qu'est-ce qui m'avait pris de repiquer? Disposais-je d'ailleurs de mon libre arbitre au moment du choix de cette destination qui n'avait pour elle que d'être réservée à une minorité. Les agences de voyage aux aguets face aux guerres qui pourrissaient le métier n'avaient pas manqué d'insister là-dessus à grand renfort de flyers, de folders et de buzzs.
Dans l'immensité de cette aérogare bruissante d'une foule mi-gratoire, mi-rasoir, prête à l'envol, mais toujours très terre à terre, la question ne manquait pas d'une certaine élévation. Qu'a donc de si attractif le Paradis en dehors de ses cocotiers à l'intérêt pratique très limité, de sa jungle tellement luxuriante qu'elle en est impénétrable et de la vue imprenable, mais tellement monotone, sur les nuages?

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Mais au-dessus de moi, des anges passaient, se croisaient, se heurtaient parfois, créant ainsi des zones de turbulence peu propices à une lecture assidue. Obéissant à leurs gènes gardiens, ils présentaient une tendance naturelle à monter. De temps en temps, je les entendais murmurer : "Attention, un Homme passe". Ils marquaient leur territoire.
Se servant des poutrelles de l'édifice comme d'un comptoir de café du Commerce, ils n'arrêtaient pas de refaire le Monde, de manière assez prétentieuse d'ailleurs. Des nuisances, que dis-je : des nuisanges! Leur conversation plafonnait. Je n'en recueillais que quelques miettes mais d'après ce que je comprenais, l'unanimité ne régnait pas.
Sous ces grappes de petits saints, pas très pointus, pour finir, je perdais pied, des plumes et de ma superbe. Je n'assimilais plus du tout mon guide, et j'entrerais au Paradis sans rien en connaître.

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Marc Sanders

Lu dans Catarrhe N°9

Dessin d'Olivier Texier

dessin, texier

Vu dans Catarrhe N°9

Dictionnaire des idées reçues

Affaires : pour le gouvernement belge, souvent courantes, en référence à  la diarrhée verbale usitée pour expliquer aux masses ce phénomène politique inédit

Beurre : de plus en plus frigo-tartinable. Tout le monde s’accorde pourtant pour dire qu’il est malaisé de beurrer ses tartines dans cet espace exigu

Climat : se réchauffe facilement, comme les plats congelés

Crime contre l’humanité : massacre prémédité d’être humains à grande échelle. Syn : Guerre
Date de péremption : voir Age de la retraite

Déclaration : toujours plus en ligne, comme les militaires

Dégâts : toujours collatéraux. Les dégâts principaux n’intéressent pas le public

Démarrage : souvent au quart de tour. Le tiers de tour est encore à l’étude.

Développement : forcément durable. Oxymoron à la durée de vie tenace

Données : on aime à les structurer en bases. Les données acides ou neutres ne se conservent pas en raison de leur caractère corrosif ou périssable

Ecrans : de plus en plus plats, comme vos vies

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Docteur Lichic

Lu dans Catarrhe N°9

Réflexions inébranlables

Si tu ne l'aimes pas, dis-lui que la seule chose qui brille chez lui, c'est son absence.

L'amnésique ne mangeait que des légumes oubliés.

Quand il se retourne, le mathématicien découvre qu'il est poursuivi par son nombre.

Jean-Philippe Querton

Lu dans Catarrhe N°9

Carnets de voyages ornithologiques

Lundi 12 mars 1986 à l'aube.
Notre voiture nous attend en bas de notre immeuble. Nous partons dans le Nord, c'est pourquoi nous avons préféré un attelage à la troïka dit « à la russe ». Trois chevaux côte à côte, dont deux étalons galopeurs à l'extérieur, celui du milieu étant un hongre grand trotteur. Nous les avons choisis homosexuels. Par précaution nous préférons avoir un attelage à voile et à vapeur. Outre notre matériel et des vivres, nous avons prévu des peaux de bêtes pour nous préserver du froid, des peaux de chameaux de Fez et des peaux d'ours de Bâle, les plus chaudes.
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« Hue dia » s'exclame mon père qui a le sens de l'à-propos et qui, tel le Père Noël, a pris les rênes. L'attelage s'ébranle déjà. Nous partons enfin. Après quelques passages difficiles dans des rues étroites nous arrivons au bord du fleuve. La Meuse égrène son long chapelet de péniches, ce qui a l'air d'énerver nos chevaux qui cependant en ont vus d'autres, des péniches. Ma sœur s'écrie « Attention, là ! ». Mon père actionne le frein. Les roues crisses, les brancards grincent, nos destriers hennissent... là, presque sous leurs pas, un chat lent qui passe. Ma sœur sourit, le mal a été évité de justesse. Une question se pose maintenant: comment allons-nous traverser ce premier obstacle naturel ? Pas de passeur en vue. Nous avons hissé la voile mais nos canassons ne veulent pas sauter à l'eau, la berge est trop haute et l'eau trop froide. Que faire ? Tant pis, nous décidons d'emprunter le pont, nous le rendrons à notre retour.

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Professeur Brodsky

Lu dans Catarrhe N°9

 

Dire (c'est à)

Un jour, je me suis rencontré.
Le comble,
je ne me suis pas
reconnu !

Mon rêve

vaut bien
celui
QUE  TU  N'AS  PAS.

Thierry Lechat

Lu dans Catarrhe N°9

Le préfixe Plouto-

Le préfixe plouto- désigne la richesse. Assez pauvre, on ne le trouve que dans les stupides « ploutocrate » et « ploutocratie ». Il méritait d’être... enrichi.

01 – PlouToto : le gamin des blagues qui veut se faire du fric.
02 – PlutoPluto : le chien des dessins animés qui s’est fait du fric.
03 – Ploutotard : fonctionnaire qui n’aime pas se lever aux petites heures pour le même salaire.
04 – Ploutotôt : le même qui aime rentrer très vite pour un salaire identique.
05 – Plouton : particule qui se laissera découvrir si on la paie bien.
06 – Ploutoréador : millionnaire tueur de taureaux.
07 – Ploutocante : montre inestimable avec laquelle on ne peut pourtant ni téléphoner ni prendre des photos.
08 – Ploutohu-bohu : onéreux désordre.
09 – Ploutoque : coiffe signée diOR.
10 – Ploutorpille : arme de destruction massive

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Éric Dejaeger

Lu dans Catarrhe N°9

Le plaisir d'inventer des mots

Maxicouillant l’étrasse, étrigouillons l’apore,
Archinouillons l’udore, endubant l’érigasse,
Ridicouillant l’éfasse, gouillons le métagore,
Impressouillons l’euphore, flipotant la gounasse,
Lambassant la tartasse, archidouillons l’ouxore,
Yénissons le strigore, flérissant l’hurinasse,
Nébrilisant l’urasse, valorouillons l’affore,
Exigouilons l’immore, branlançant la romasse.

Maxicouillons l’étrasse, étrigouillant l’apore,
Archinouillant l’udore, endubons l’érigasse,
Ridicouillons l’éfasse, gouillant le métagore,
Impressouillant l’euphore, flipotons la gounasse,
Lambassons la tartasse, archidouillant l’ouxore,
Yénissant le strigore, flérissons l’hurinasse,
Nébrilisons l’urasse, valorouillant l’affore,
Exigouilant l’immore, branlançons la romasse.

André Stas

Lu dans Catarrhe N°9

30/05/2014

Levons le point

Catarrhe, point, abréviation

Les abréviations mettent la langue française sur un terrain glissant et comme des patins, elles sont plus gênantes qu'une langue roulée anglo-saxone. C'est pourquoi nous avons fondé le «Mouvement de Décontraction de l'Abréviation Réductrice» dont la mission sera, tel l'Abel de Cadix, de brandir un oeil de velours dans une main d'acier afin d'épier dévots, politiques et commerçants attirés par la muleta de la facilité et de les empêcher de mettre un point noir sur la figure d'une langue belle. Dès aujourd'hui, nous lèverons le point de ces mots estropiés qui, comme un ongle incarné, empêche de démarcher à l'aise et de porter à l'horizon une pensée qui frappe à la porte de notre ouverture d'esprit. Ces points titillés doivent tomber dans la cuvette de l'oubli et doivent mettre, une fois pour toute, un couvercle sur le panier percé du travail de l'Académie dont les papys de la langue vivante sont chargés de diminuer les bavures linguistiques. Dans toute l'Europe, d'ouest en est, il faut que notre voix buccale reste pure et contrairement à l'Abdel de Cadix ajoutant du maure aux vaches espagnoles qui avaient déjà tant de mal à pratiquer le français, restons simples.
         
Afin de commémorer cette initiative, nous avons décidé de commun accord, au pied levé, d'instaurer la journée sans abréviations. Le 1er juin sera donc notre jour le plus long puisqu'il sera un jour sans points.
         
Comme les mots que nous défendons, nous resterons entiers face à une langue qui se décompose et nous crierons bien fort « Non aux abrégés en lettres !».

 

Lu dans Catarrhe numéro 9

29/05/2014

Catarrhe N° 9

Dans la revue Catarrhe du mois de juin, vous aurez le plaisir de découvrir trois nouveaux auteurs de talent :
John F. Ellyton, qui vient de terminer son nouveau roman « Fume, c'est du belge » (éd. Cactus inébranlable {évidemment !}), vous fera part de son point de vue sur l'angle mort.
Jean-Philippe Querton, le brillant et prolifique éditeur de Cactus inébranlable, en état de légitime démence, vous fera partager ses « réflexions inébranlables » du jour.
Pierre-Olivier Lombarteix vous fera découvrir quelques extraits de son livre « Haïku-riosités Zesthétiques » (éd. Collodion).

Et puis tous les autres, et non des moindres...
Éric Dejaeger et André Stas vous ont concocté le mot-valise le plus long de l'univers.
Thierry Lechat vous poètera quelques pensées profondes.
Marc Sanders vous informera sur « le Paradis, valeur refuge ».
André Stas, inventeur de mots, a eu du pain sur la planche.
Les carnets de voyages ornithologiques du Professeur Brodsky vous emmèneront dans le grand Nord... de la Belgique.
Le Dr. Lichic vous proposera son dictionnaire moderne des idées reçues.
Éric Dejaeger vous donnera quelques exemples du suffixe « -crate » et du préfixe « plouto- » (accrochez-vous!)
Olivier Texier vous présentera « la veste en chômeur », du dernier chic et d'autres dessins qui laissent un mauvais goût dans la bouche.

Un jour mémorable à ne pas oublier :
Le «Mouvement de Décontraction de l'Abréviation Réductrice» fêtera le 1er juin qui sera le jour le plus long puisqu'il sera un jour sans points.

Ah, mais vous n'êtes pas encore abonné ?... Ah ben voilà !... Dommage, vous avez manqué ce formidable numéro de 28 pages délirantes... Mais non, il n'est pas trop tard !
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